La traversée, un peu folle, d’un continent à vélo

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Il y a plusieurs mois, j’ai acheté un livre que j’avais découvert sur Facebook en suivant les aventures de Michael Pinatton. Comme bien souvent lorsque je me procure un ouvrage, je le pose sur la table du salon ou le range dans la bibliothèque mais ne le commence pas tout de suite. C’est au bout d’un an ou deux que je le ressors et le dévore en général d’un trait. J’avoue aujourd’hui que je n’aurais pas dû le ranger si vite car ces pages sont un pur moment de bonheur pour qui aime les voyages et la découverte d’autres cultures. L’auteur nous emmène, en effet, dans des régions peu connues, à travers un périple qui lui fait traverser 11 pays pour le mener jusqu’à Téhéran.

Le contexte iranien depuis plusieurs semaines maintenant n’est, sans nul doute, pas étranger au fait que je ressorte cet ouvrage. J’ai toujours été fasciné par ce pays, sa culture et son idiome. J’avais d’ailleurs débuté des cours de langue perse lorsque j’habitais en Allemagne mais, disposant de peu de temps, j’avais vite renoncé. Un jour peut-être ressortirai-je mon manuel de l’étagère. Au-delà de l’expérience hors du commun entreprise par l’auteur, l’attirance pour ce pays, que je n’ai pas encore eu la chance de visiter, m’a sans nul doute poussé à me procurer ce témoignage dès sa sortie. J’ai même la chance d’avoir une version dédicacée. Et j’avoue que les photographies publiées dans de petits cahiers intérieurs ou encore celles trouvées sur les réseaux sociaux de Michael Pinatton motivent un peu plus encore à se rendre dans cette région du monde.

En réalité, je sais ce qui a décidé d’entamer la lecture de cette aventure. Il y a quelques mois, je me suis procuré le numéro du journal Le Un hebdo n° 420 du mercredi 26 octobre 2022 intitulé « Iran, le rêve d’une révolution ». Je conseille d’ailleurs la lecture de ses articles, notamment le papier intitulé Le long combat pour la Liberté de Delphine Minoui ou encore celui de Marie Ladier-Fouladi, La révolte de la génération Z.

Il est ici intéressant de remarquer que l’auteur de l’ouvrage commenté ici avait justement observé lors de son périple le rôle que pourrait jouer la jeunesse dans le déclenchement d’une éventuelle future contestation. Il écrivait en effet en 2018 :

«Je suis touché par cette jeunesse qui se confie à moi comme si j’étais un proche. Toutes ces rencontres confirment que l’Iran prépare une mutation. Le système ne tient que par la force mais la révolution de la pensée est en marche, notamment chez les jeunes qui aspirent à autre chose qu’à une république islamique. Il est juste à souhaiter que la transition se fasse en douceur et non dans la violence (page 218) ».

Le vœu pieux de l’auteur n’a malheureusement pas été entendu. C’est avec tristesse et colère que l’on constate le nombre de décès et d’exécutions de jeunes gens depuis le début de la contestation initiée en septembre dernier après le décès de la jeune Mahsa Amini. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le point de vue de Michael Pinatton sur les événements qui secouent le pays depuis plusieurs semaines. Une interview vidéo serait vraiment intéressante. S’il lit ce post…

Voir, dans un même temps, le courage de cette jeunesse qui n’hésite plus à défier le pouvoir en place laisse entrevoir l’espoir d’un monde meilleur pour cette population désireuse de découvrir autre chose.

«Durant deux heures, je passe de classe en classe sous le portrait du chef suprême de la révolution iranienne, l’ayatollah Khomeyni. Les étudiantes sont ravies d’échanger avec moi et les questions fusent. Ca me redonne du baume au cœur et le sentiment que cette peine a sa récompense. Ces jeunes filles voilées n’ont que l’apparence de la soumission. Je ressens dans leur propos (comme chez beaucoup d’Iraniens) un besoin d’émancipation et d’ouverture que je peux facilement comprendre. Sam joue les animateurs et dirige le débat avec passion. – N’oublie pas que tu vis le rêve de beaucoup de personnes, m’avait-il dit. Tu es libre de rouler où le vent te porte. Profites-en pour ceux qui ne peuvent pas le faire (page 215)».

L’auteur posant fièrement derrière sa monture devant la Mosquée Amir Chakmak de Yazd. Source : Page Facebook de l’auteur

Prendre un vélo et parcourir plus de 7 000 kilomètres est déjà un projet fou en soi mais le faire seul est encore plus courageux, qui plus est dans un tel contexte. En réalité, la solitude n’est jamais vraiment présente dans l’ouvrage puisque ces lignes sont le témoignage de rencontres riches et multiples. Au fil des pages, l’on découvre en effet la gentillesse de ceux prêts à tout pour aider le jeune homme dans son projet. Entre les nuits passées chez l’habitant par le biais d’une application bien connue des globetrotters ou encore les repas partagés dans les restaurants de villages perdus dans les montagnes, l’on imagine aisément combien ce périple a dû être exaltant. L’écrivain britannique Aldous Huxley a écrit : « Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque« . Nul doute, par exemple, que le moment passé avec son cousin venu le retrouver en Turquie depuis la France pour pédaler quelques centaines de kilomètres avec lui, remplira plusieurs étagères de souvenirs précieux. Ce livre devient alors un véritable outil de transmission intergénérationnelle car les descendants de Michael et de son cousin découvriront, en feuilletant l’ouvrage, que leurs aïeux ont visité une partie de la Cappadoce par un bel été de 2018. C’est aussi cela le pouvoir de la littérature !

Au-delà de l’aspect humain, ce témoignage est aussi un véritable plaidoyer pour la nature alors que l’on sait cette dernière si menacée. La description des régions traversées est tout simplement magnifique et l’on comprend la difficulté qu’a l’aventurier au cours de sa croisade à affronter la foule des grandes villes, préférant se retirer sur les bords plus tranquilles d’un lac ou d’une côte maritime. Au fil des pages, l’on a l’impression d’accompagner l’auteur dans son voyage et l’on se prend à rêver du coucher de soleil sur le golfe Strymonique, situé entre les villes grecques de Kariani et Stratoni. Quelques dizaines de pages plus loin, on laisse la Grèce et nous découvrons le majestueux Mont Dedegol Tepesi qui ne donne pas vraiment envie de l’affronter lorsque l’on est un sportif du dimanche comme moi (ou plutôt d’un dimanche qui tomberait un jour férié). La nature est belle et ces pages sont bien la preuve que l’on doit tout faire pour la préserver. La fluidité du texte serait d’ailleurs l’opportunité pour un enseignant de français ou de FLE d’étudier ce support en classe. C’est sans doute ce que j’aurais fait si j’avais conservé mon activité d’enseignant à l’étranger.

Plus globalement, cet ouvrage est clairement un hymne à la vie. En lisant ce témoignage, l’on comprend qu’il ne faut jamais se laisser entraver et qu’il faut surtout concrétiser ses projets, même les plus fous, tant que cela nous est possible. Une chose est certaine, ce n’est pas à bicyclette que j’irai à la découverte de l’Iran. J’ai toujours préféré la marche au vélo. Mais puisqu’il est question de courage dans ce texte, serait-ce totalement fou de faire quelques trajets à pied à l’intérieur de ce pays ? L’une des dernières phrases de l’auteur conclura magnifiquement cette recension : « Les limites, on se les crée dans nos esprits, et il ne tient qu’à nous de les affronter, de les dépasser (page 228)».

Légende de la photo de couverture : La Tour Azadi, symbole de Téhéran, par temps de pluie. C’est sous ce même temps que l’auteur de l’ouvrage est arrivé dans la capitale iranienne. © Pixabay

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