Une page se tourne dans ce magnifique pays qu’est le Danemark. La Reine Margrethe II a en effet annoncé lors de son discours télévisé de fin d’année qu’elle avait décidé d’abdiquer en faveur de son fils le Prince héritier. C’est chose faite depuis quelques jours, dans le cadre d’une cérémonie très sobre et sans aucun faste. Après la cérémonie d’abdication, c’est depuis le balcon du Palais d’Amalienborg que la Première ministre, Mette Frederiksen, issue du parti socialdemokratiet, a intronisé le nouveau roi sous le nom de Frederik X. Contrairement au Royaume Uni, c’est donc le pouvoir politique qui « fait » les rois et non le religieux. Cette date n’a pas été choisie au hasard puisque c’est justement le 14 janvier 1972, tout juste 52 ans auparavant, à la mort de son père, le roi Frédéric IX que l’actuelle souveraine était montée sur le trône. Cette décision est pour le moins surprenante d’autant que, dans un ouvrage paru en 1989 et qui est un ensemble d’interviews de celle que ses sujets appellent affectueusement « Daisy », l’on peut lire[1] :
« Ce qui me convient le mieux, c’est de vivre avec quelqu’un sur qui je puisse m’appuyer, sinon, je ne me sens pas à l’aise. Mais abdiquer ou renoncer au trône, cela ne se fait pas. Il n’en existe heureusement que peu d’exemples dans le monde, le plus proche étant sans doute celui d’Edouard VIII d’Angleterre, qui a abdiqué à cause de Wallis Simpson. J’ai toujours pensé qu’il avait failli à son pays en s’attachant à une personne dont il aurait dû avoir la sagesse de savoir qu’elle lui rendait la royauté impossible – surtout à cette époque là ».
Personnellement, j’avoue comprendre qu’au bout de 52 ans, l’on veuille passer la main et ce court texte n’a pas vocation à faire la moindre critique quant à cette décision. Alors pourquoi un Homme attaché aux valeurs de notre République comme je le suis remercie-t-il une souveraine ?
Ceux qui me connaissent savent combien j’aime le Danemark. J’ai eu l’occasion de m’y rendre à deux reprises. D’abord en avril 2012, à Copenhague. Cette capitale est un véritable joyaux et j’ai regretté de ne pas y être resté plus longtemps à l’époque. Comme de nombreux touristes, j’ai pu assister à la relève de la garde sur la place où se trouve Amalienborg rassemblant les quatre magnifiques palais royaux. J’ai pu aller dans le quartier alternatif de Christiania et flâner sur le port de Nyhavn. Sur le chemin menant à la statue de la Petite Sirène, j’ai également pu m’arrêter dans un musée dédié à la Résistance danoise pendant la Seconde Guerre mondiale et ce, quelques mois seulement avant l’incendie criminel qui a détruit une grande partie de ce bâtiment. Cette visite m’avait d’ailleurs été utile au moment de la publication de mon ouvrage sur le camp de concentration de Redl-Zipf puisque dans l’une des vitrines, j’avais pu voir la photographie de Sven Hoffgaard, l’un des membres du Kommando des faux monnayeurs. Ces déportés, dirigés par le SS Bernhard Krüger, avaient pour mission de produire de fausses livres sterlings dans le but de mettre à mal l’économie britannique. Ce Kommando a été constitué dans le camp de concentration de Sachsenhausen mais, devant l’avancée des Alliés, il a été transféré en Autriche, d’abord au camp central de Mauthausen avant d’investir les caves du camp satellite de Zipf.
Après cela, j’ai encore pu visiter la cathédrale de Copenhague, voir l’extérieur de l’Hôtel de ville et puis découvrir Christianborg, le siège du Parlement danois, devenu célèbre entre temps grâce à la série Borgen.

A l’été 2017, j’ai eu l’occasion de retourner au Danemark. Après une période tant professionnelle que politique intense, j’avais besoin de vacances et c’est à Ålborg, dans la région du Jutland du Nord, que j’ai trouvé le repos nécessaire pour décider de la direction à donner à ma carrière professionnelle, après cinq années passées à travailler pour les Français de l’étranger. Ce voyage a été un moment magnifique. Certes, les températures n’étaient pas celles d’un mois d’août en Toscane mais ce n’était pas ce que j’étais venu y chercher. En revanche, j’y ai découvert une partie de la culture danoise et des coins de nature à couper le souffle. Je me souviens encore de l’impression ressentie en baignant les orteils à Grenen, à l’endroit même où la Mer du Nord et la Baltique se rejoignent. C’était tout simplement merveilleux.

Peu de Français visitent le nord du Jutland, privilégiant la capitale. Je trouve cela dommage car l’on y découvre une architecture très originale. Celui qui s’intéresse à l’histoire aura l’occasion de visiter des lieux et des musées passionnants à l’instar de Lindholm høje, dédié aux Vikings ou bien partir en balade dans le Parc national de Mols Bjerge jusqu’aux ruines du château de Kalø datant du 14ème siècle puis de s’arrêter un moment dans le village pittoresque de Ebeltoft afin de contempler les maisons à colombages tout en marchant dans les ruelles encore pavées. En écrivant ces lignes, je me rends compte que cela fait déjà plusieurs années que ces voyages ont eu lieu. J’aimerais pourtant m’y rendre plus souvent tant l’accueil réservé aux étrangers est formidable. Les Français ne passent d’ailleurs pas inaperçus. A l’époque, l’époux de la reine Margrethe II, le Prince Henrik, né en France sous le nom d’Henri de Montpezat, était encore en vie et j’ai été étonné que l’on me parle de lui, sitôt mon arrivée.
C’est assez tardivement que j’ai découvert ce pays. Habitant à Vöcklabruck en Autriche, j’avais parmi mes élèves un enfant autrichien par sa mère et danois par son père. Je côtoyais cette famille en dehors de mes cours car la maman était l’une de mes collègues et il arrivait que je partage un dîner chez eux de temps à autre. J’aimais beaucoup l’ambiance autour de la table et m’amusais de ce que j’entendais car les trois enfants du foyer avaient pris pour habitude de discuter dans une langue composée d’un mélange de mots danois et de mots autrichiens. Il m’arrivait bien souvent de comprendre la moitié de la phrase mais pas l’autre. Cela m’a alors donné envie d’apprendre quelques années plus tard la langue danoise et j’ai commencé des cours à la Volkshochschule de Brême mais devant la quantité de travail que cet apprentissage demandait, j’avais dû me résoudre à me concentrer davantage sur ma vie professionnelle que sur cette passion. Cela m’aurait pourtant fait plaisir de maîtriser cet idiome.
Tout ce qui concerne le Danemark m’intéresse et c’est avec plaisir que j’ai pu suivre chacune des saisons de la série Borgen au point d’acheter les DVD sitôt leur sortie pour pouvoir les regarder de nouveau lorsque l’envie m’en prend.
Bien que républicain, en apprenant à connaître ce pays, j’ai surtout découvert la singularité de la Reine qui décide aujourd’hui de confier le pouvoir à son fils. Margrethe II est véritablement populaire dans son pays. Certes, elle incarne la stabilité puisque de nombreux Danois n’ont connu qu’elle en tant que souveraine mais pas uniquement. Elle est surtout une femme d’une grande culture et une artiste accomplie. L’on sait peu en France qu’elle a fait une partie de ses études à la Sorbonne et traduit un ouvrage de Simone de Beauvoir du français vers sa langue natale en 1981. Avant cela, sous le pseudonyme d’Ingahild Grathmer, elle a également illustré la version danoise du livre de Tolkien Le Seigneur des anneaux et il arrive très souvent qu’elle conçoive des costumes de ballets pour l’Opéra de Copenhague.
Je ne suis pas du genre à lire la presse consacrée aux monarchies mais j’avoue que j’aimerais beaucoup pouvoir converser un moment avec cette femme d’exception tant les sujets ne manqueraient pas. Certains diraient qu’elle a eu une vie dorée et c’est sans doute vrai. En revanche, elle a dû accepter les conditions qui accompagnent ce mode de vie. La première de toutes est qu’elle a dû accepter de ne plus avoir de vie privée puisque le moindre faux pas est traqué par les paparazzi et le quotidien doit être malheureusement bien souvent stressant. Je peux alors comprendre qu’elle aime trouver refuge dans le Palais de Caïx, situé dans le Lot, afin de peindre et se reposer. Alors bonne retraite à elle et bonne découverte du Danemark pour les autres qui décideront peut-être de s’y rendre à la lecture de ces lignes.
Bibliographie sélective
- HENRIK DU DANEMARK, Intimité royale. Album privé de Son Altesse Royale le Prince Henrik de Danemark, Editions du félin, Paris, 2004
- WOLDEN-RÆTHINGE Anne, Margrethe II de Danemark. Le métier de reine, Fayard, Paris, 1989

