La nouvelle est arrivée de Berlin il y a quelques jours. Claus Peymann, le célèbre metteur en scène surnommé récemment le « rebelle du théâtre » par le journal allemand Die Zeit, vient de décéder à l’âge de 88 ans. Si ce nom ne dit pas grand-chose en France en dehors du cercle des initiés, il en est tout autrement en Allemagne et en Autriche où la page du scandale lié à « Heldenplatz » continue de se tourner encore un peu plus au moment où l’on va mettre en terre la légende du théâtre. Cette disparition encourage en revanche à se demander quelle place Claus Peymann a-t-il occupé dans le monde littéraire mais surtout dans la société germanique durant sa carrière, notamment lorsqu’il a été en poste en Autriche.
L’homme par qui le scandale arrive
C’est à Brême que Klaus Eberhard Peymann naît le 7 juin 1937. Après l’obtention de son baccalauréat, il débute à Hambourg des études de germanistique, de littérature et de théâtre. C’est d’ailleurs auprès du théâtre de son université qu’il commence à faire de la mise en scène. Celui que l’actuel chancelier autrichien a surnommé dans un très récent hommage post mortem « le grand magicien du théâtre »1, se fait rapidement un nom en intégrant des lieux de prestige à Heidelberg (Stadttheater), Francfort sur le Main (Theater am Turm) ou encore Berlin (Schaubühne) et Stuttgart. En 1979, il prend la direction du Schauspielhaus de Bochum mais c’est dans la capitale autrichienne que Peymann va bientôt jouer un rôle historique en devenant le directeur du Burgtheater, en 1986, avant de retourner dans son pays natal pour diriger le Berliner Ensemble. L’expérience viennoise de Peymann a véritablement été « le sommet de sa carrière » pour reprendre les termes d’Adrien Bessire dans la thèse de doctorat de ce dernier, consacrée au théâtre bernhardien2. Si cette période est synonyme d’apothéose pour Peymann, sa mission dans le pays danubien est surtout décriée moins de deux années après son entrée en fonction par de nombreuses personnes, notamment proches de l’extrême droite.
1988 est considérée en Autriche comme étant une Bedenkjahr, une année de commémorations. Le pays souhaite en effet rappeler à l’époque le cinquantième anniversaire de l’Anschluß, l’annexion de l’État autrichien par Adolf Hitler en 1938. Pour le centième anniversaire du Burgtheater, Claus Peymann commande au dramaturge et écrivain Thomas Bernhard une pièce de théâtre qui va diviser le pays de longues années durant, et ce avant même la première représentation, puisque des extraits fuitent dans la presse. À sa sortie, Place des Héros veut casser le mythe, alors bien ancré dans le petit pays danubien, d’une Autriche première victime des nazis sous le Troisième Reich ; statut conféré par les Alliés dès 1943. Il faut ici rappeler qu’en 1988, le pays est un terrain fertile pour la pièce bernhardienne puisque sa sortie a lieu deux ans après l’élection de Kurt Waldheim à la présidence de la République fédérale d’Autriche. Or, cette élection a mis en lumière les actions commises sous l’uniforme nazi par Waldheim du temps de sa jeunesse durant la guerre. Après quarante années d’amnésie volontaire de la part du peuple danubien, l’élection à la fonction suprême de celui qui a été avant cela secrétaire général de l’ONU, fait prendre conscience dans le monde entier de la participation active des Autrichiens dans les crimes nazis du temps de l’Anschluß. Heldenplatz va ainsi servir de déclencheur au débat national qui va bientôt s’installer à l’intérieur du pays, ce que l’élection elle-même n’avait pourtant pas engendré3 :
« … et ce fut, en 1986, la course victorieuse à la présidence. Alors éclata le scandale, d’autant plus spectaculaire qu’il frappait un diplomate zélé, accommodant, couleur passe-muraille. […] Le terme de scandale, a posteriori, paraît pourtant inapproprié : le retour du passé waldheimien fit du bruit, de l’agitation médiatique, mais ne troubla pas les consciences, sinon celle de quelques Autrichiens et de certains amants de la vérité historique de par le monde. Certes, beaucoup de questions sont venues aux lèvres lorsque, par la conjonction de divers révélateurs dont on a tenté ici d’établir l’alchimie, une dissimulation vieille de quarante ans est remontée à la surface au printemps 1986, comme un vieux cliché oublié dans un bain photographique »
Si Heldenplatz déclenche une telle crise, c’est qu’à la différence de la France où le théâtre est de l’ordre du culturel et de l’artistique, cet art participe véritablement à la vie de la cité dans l’espace germanophone et il est un outil important du débat public. Le titre de la pièce donne d’ailleurs le ton puisque la « Place des Héros » existe véritablement à Vienne. C’est sur cette place située aujourd’hui dans le premier arrondissement que de très nombreux Autrichiens sont venus acclamer Adolf Hitler le 15 mars 1938 lorsque celui-ci a annoncé, depuis le balcon de l’ancien palais impérial de la Hofburg, sa décision d’annexer son pays natal au Reich nazi.
Au-delà du sujet même, si la pièce provoque de l’émoi, c’est aussi, voire surtout, en raison du texte écrit par son auteur. Celui que ses compatriotes surnomment le « Nestbeschmutzer », le « souilleur de nid » n’hésite pas à comparer tous ses compatriotes à des « débiles » et des « enragés»4 :
„Österreich selbst ist nichts als eine Bühne
auf der alles verlottert und vermodert und verkommen ist
eine in sich selber verhaβte Statisterie
Von sechseinhalb Millionen Alleingelassenen
sechseinhalb Millionen Debile und Tobsüchtige
die ununterbrochen aus vollem Hals nach einem Regisseur schreien“
« L’Autriche elle-même n’est qu’une scène
sur laquelle tout est pourri, vermoulu et dégradé
une figuration qui se déteste elle-même
de six millions et demi de personnes abandonnées
six millions et demi de débiles et d’enragés
qui ne cessent de réclamer à cor et à cri un metteur en scène ».
A la lecture de ces répliques, on comprend alors aisément le malaise ressenti par certains mais l’équipe en charge de la mise en scène va aller plus loin encore en intégrant, en quatrième de couverture du livret, une photographie de la Place des Héros alors noire de monde, prise le jour du discours d’Hitler.

Avant même qu’elle ne soit rendue publique, la pièce a véritablement scandalisé au point que des manifestations ont eu lieu devant et à l’intérieur même du Burgtheater le soir de la première représentation. Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler que la pièce a justement dû être reportée en raison de ce scandale puisqu’initialement prévue le 14 octobre 1988, la pièce ne sera finalement jouée que le 4 novembre5. Parmi les manifestants présents dans la salle, l’on retrouve Heinz-Christian Strache, politicien issu du parti populiste FPÖ et vice-président de l’Autriche sous le Gouvernement Kurz de 2017 à 2019.
Peymann n’a cessé de travailler tout au long de sa carrière avec les plus grands auteurs contemporains de langue allemande à l’instar de Peter Handke ou encore Elfriede Jelinek6 pour ne citer que les plus connus en France. Mais c’est avec Thomas Bernhard que la collaboration a été la plus fructueuse. Les relations entre les deux hommes étaient assez singulières, parfois même conflictuelles, mais elles ont demeuré suffisamment fortes pour que Claus Peymann soit l’une des très rares personnes à avoir le privilège de dormir dans le refuge que Bernhard s’était offert à Ohlsdorf, à proximité de la ville de Gmunden.

Il faut vraiment considérer Peymann comme le metteur en scène historique de l’auteur autrichien avec qui il va travailler dès 1969 en mettant en scène à Hambourg Ein Fest für Boris (Une fête pour Boris) puis d’autres œuvres comme ce fut le cas à Salzbourg avec Der Ignorant und der Wahnsinnige (L’ignorant et le fou) en 1972. L’entente entre les deux hommes fera d’ailleurs dire à Peymann sur le ton de la plaisanterie qu’il était la « veuve de Bernhard », en allemand « Bernhards Witwe »7. Mais au-delà des paroles, c’est au sein même de l’œuvre de l’écrivain que l’estime se retrouve, notamment à travers une trilogie rédigée peu de temps avant sa mort.
La trilogie Peymann

Si aujourd’hui le patronyme de Peymann est connu dans le monde littéraire germanique contemporain, c’est aussi par l’intermédiaire de trois dramuscules rédigés à partir de 1986 :
- Claus Peymann verlässt Bochum und geht als Burgtheaterdirektor nach Wien (= Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater).
- Claus Peymann kauft sich eine Hose und geht mit mir essen (= Claus Peymann s’achète un pantalon et va manger avec moi).
- Claus Peymann und Hermann Beil auf der Sulzwiese (= Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese).
Le premier opus a été écrit à la demande de Peymann et de Hermann Beil dans le but de voir publier ce texte dans un ouvrage commémorant sept années de leur collaboration dans la ville allemande8. Le second dramuscule, qui donnera son titre au recueil publié en 1990 chez Suhrkamp après la mort de Bernhard, est paru pour la première fois dans la revue Theater heute tandis que la dernière œuvre de cette trilogie a été découverte par les lecteurs du journal allemand Die Zeit en 1987. A propos de ces trois textes, Adrien Bessire, spécialiste de Thomas Bernhard, n’hésite pas à les rapprocher d’auteurs très connus en France9:
« On peut comparer ces trois dramuscules à des impromptus, selon le modèle de L’Impromptu de Versailles de Molière. Le genre de l’impromptu fait résurgence au XXe siècle avec L’Impromptu de Paris de Giraudoux, L’Impromptu de l’Almad’Ionesco et L’Impromptu du Palais-Royal de Cocteau. En effet, les dramuscules de Thomas Bernhard mettent en scène le metteur en scène, l’auteur et le dramaturge, ils mettent en abyme la création et instaurent un théâtre dans le théâtre ».
Par un vocabulaire acerbe, Thomas Bernhard pose, notamment dans le second épisode, les jalons de sa future pièce Heldenplatz en mettant en lumière la participation des Autrichiens aux atrocités nazies de 1938 à 1945. Ce n’était pas la première fois qu’il abordait ce thème. Ainsi, dans le second volet de la trilogie Claus Peymann s’achète un pantalon et va manger avec moi, les deux personnages principaux que sont Bernhard et Peymann entrent dans un restaurant et regardent les autres clients, qui sont, selon l’écrivain, le reflet de la société autrichienne d’alors, c’est-à-dire post élection de Kurt Waldheim à la présidence. Tout au long du dernier dialogue, le passé trouble de ces clients est évoqué et l’on comprend que ce n’est pas une pure invention littéraire mais bien une diatribe à l’égard de la société autrichienne dans son ensemble. Ainsi, le pouvoir politique serait-il gangréné de l’intérieur. Il en serait de même au sein de la presse et les habitants, à l’instar de la serveuse, dont il est précisé qu’elle est catholique, auraient tout su du passé pas si lointain mais auraient préféré fermer les yeux. On notera le nom du restaurant dans lequel se rendent les deux compères, Die Zauberflöte, (= la Flute enchantée), faisant référence au célèbre opéra éponyme du héros national qu’est Mozart. Cette allusion n’est évidemment pas anodine et met en lumière le contraste (et c’est bien là un euphémisme !!!) « national-socialisme versus Fraternité » puisque l’opéra en question, représenté pour la première fois en 1791, est connu pour être un hommage à la franc-maçonnerie.
« PEYMANN Tritt mit mir in die Zauberflöte ein, und wir setzen uns, nachdem er Speisekarte gelesen und sich etwas ausgesucht und sich in der Zauberflöte umgeschaut hat
Wer ist denn dasICH
Der Vizekanzler
ein NaziPEYMANN
Und derICH
Der Landwirtschaftsminister
ein alter NaziPEYMANN
Und der dortICH
Der Verteidigungsminister
ein NaziPEYMANN
und derICH
Der Außenminister
ein alter NaziPEYMANN
Und der dortICH
Der Rechnungshofpräsident
ein alter NaziPEYMANN
und derICH
Der Chefredakteur der angesehensten Wiener Zeitung
ein alter NaziPEYMANN
Und der daICH
Der Chefredakteur der zweitangesehensten Zeitungen von Wien
ein alter NaziPEYMANN
Und der dortICH
Das ist der Kultur- und Kunstminister
ein Dummkopf ein IdiotPEYMMANN
Und der daICH
Das ist der Bundeskanzler
ein DummkopfPEYMANN
Und derICH
Das ist der neugewählte Bundespräsident
ein alter NaziPEYMANN
Und die dortICH
Das sind lauter Nazi
PEYMANN
Und die andernICH
Das sind lauter Dummköpfe und NazisPEYMANN
Und die KellnerinICH
Die ist katholisch und kennt alle und weiß von nichtsPEYMANN
Na dann bestellen wir doch einfach RindsuppeICH
Ja freilichPEYMANN
Was empfehlen Sie mir denn BernhardICH
TafelspitzPEYMANN
Dann essen wir mal Tafelspitz
Zur Kellnerin
Mal Rindsuppe mit Leberknödel
dann Tafelspitz mit Semmelkren
und dann noch ne Mehlspeise
nehm wa doch Millirahmstrudel mit Tunke
steckt sich die Serviette in den Kragen
Tolle Stadt Bernhard
Tolles Land Bernhard
Österreich ist schon n Hammer Bernhard“
« PEYMANN Entre avec moi dans la Flûte enchantée, et nous nous asseyons après qu’il a lu le menu, choisi quelque chose et regardé autour de lui
Qui est-ce ?JE
Le vice-chancelier
un naziPEYMANN
Et luiJE
Le ministre de l’Agriculture
un vieux naziPEYMANN
Et celui-làJE
Le ministre de la Défense
un naziPEYMANN
Et luiJE
Le ministre des Affaires étrangères
un vieux naziPEYMANN
Et celui-làJE
Le président de la Cour des comptes
un vieux naziPEYMANN
Et luiJE
Le rédacteur en chef du journal le plus prestigieux, le Wiener Zeitung
un vieux naziPEYMANN
Et celui-làJE
Le rédacteur en chef du deuxième journal viennois le plus prestigieux
un vieux naziPEYMANN
Et celui-làJE
C’est le ministre de la Culture et des Arts
Un imbécile un idiotPEYMMANN
Et celui-làJE
C’est le chancelier fédéral
un imbécilePEYMANN
Et luiJE
C’est le Président de la République nouvellement élu
un vieux naziPEYMANN
Et ceux-làJE
Ce sont tous des nazisPEYMANN
Et les autresJE
Ce sont tous des imbéciles et des nazisPEYMANN
Et la serveuseJE
Elle est catholique, elle connait tout le monde et ne sait rien.PEYMANN
Alors commandons du bouillon de bœufJE
Oui, bien sûrPEYMANN
Que me recommandez-vous, Bernhard ?JE
Le TafelspitzPEYMANN
Alors mangeons du Tafelspitz
A la serveuse
D’abord du bouillon de bœuf avec des quenelles de foie
puis du Tafelspitz avec du Semmelkren10
et puis encore une pâtisserie
on va prendre du Strudel avec de la crème.
met la serviette dans son col
Une ville formidable Bernhard
Un pays formidable Bernhard
L’Autriche est vraiment géniale Bernhard ».
Le simple fait que Peymann passe la commande de ce qui deviendra Heldenplatz à celui même qui avait écrit ces répliques auparavant démontre une volonté de vouloir créer un électrochoc en ce qui concerne le passé trouble de l’Autriche. Alors non, Claus Peymann ne s’achètera plus de pantalon et n’ira plus déjeuner à la Flute enchantée mais l’empreinte qu’il a laissé tout au long de sa vie dans et autour du monde littéraire de langue allemande ainsi que dans la société autrichienne restera indélébile. Sans lui, il est certain que les Autrichiens auraient tardé plus longtemps encore à faire ce que l’on nomme en allemand la « Vergangenheitsbewältigung », la prise de conscience du passé [nazi]. En effet, qui connait l’Autriche sait que cette période est, encore aujourd’hui, bien difficilement acceptée par les habitants de ce pays, préférant se retrancher derrière l’idée qu’ils ont été envahis en 1938 par les Allemands et que seuls ces derniers ont commis les pires crimes. Au-delà de l’héritage que Claus Peymann laissera dans le monde du théâtre, c’est aussi voire surtout un acteur de la Mémoire qui a disparu le 16 juillet dernier, le jour où l’on commémorait en France le 83ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv.
- https://www.spiegel.de/kultur/claus-peymann-ist-tot-legendaerer-regisseur-und-intendant-gestorben-a-3cc6c188-8f8f-411e-a2cf-e8e24d4f3238 (consulté le 17 juillet 2025) ↩︎
- Adrien Bessire. Les mises en scène du théâtre de Thomas Bernhard en Allemagne, en Autriche et en France. Comparaison et interprétation. Linguistique. Normandie Université; Universität Wien, 2017, page 90 ↩︎
- Bernard COHEN et Luc ROSENZWEIG, 1986, Le mystère Waldheim, Paris, Gallimard « Au vif du sujet », page 10 ↩︎
- Thomas BERNHARD, 1988, Heldenplatz, Suhrkamp Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main, page 89. ↩︎
- Martine Sforzin, « Thomas Bernhard : Heldenplatz ou le testament d’un moraliste », Germanica , 10 | 1992, mis en ligne le 03 avril 2014, consulté le 17 juillet 2025. ↩︎
- https://www.zeit.de/kultur/2025-07/claus-peymann-gestorben (consulté le 17 juillet 2025) ↩︎
- https://www.welt.de/kultur/article255186410/claus-peymann-der-staatstheatermacher.html (consulté le 17 juillet 2025) ↩︎
- Adrien BESSIRE, « Refuser pour mieux passer. Le théâtre de Thomas Bernhard : 10 ans d’interdiction en Autriche (1989-1998) », Les chantiers de la création [en ligne], 5-2012, mis en ligne le 23 janvier 2015. Consulté le 17 juillet 2025 ↩︎
- Adrien Bessire. Les mises en scène du théâtre de Thomas Bernhard en Allemagne, en Autriche et en France. Comparaison et interprétation. Linguistique. Normandie Université; Universität Wien, 2017, page 91 ↩︎
- Le Semmelkrenn est une préparation, accompagnant bien souvent la viande de bœuf bouillie (le Tafelspitz), réalisée à partir de pain rassi et de raifort. ↩︎
IMAGE DE COUVERTURE : Source Wikipédia / Lecture d’une œuvre de Thomas Bernhard par Claus Peymann en 2017 au centre culturel DasHaus de Ludwigshafen am Rhein.

